lourd, l’anonymat (1/3) – l’évidence

Tuons le suspense dès maintenant: oubliez le coming out. Je ne me suis pas encore lassée d’écrire sous un nom de plume, au contraire! Donc, pas de révélation.

Le titre fait allusion à ce débat particulièrement in dans les médias québécois par les temps qui courent. Internet a rendu la publication anonyme plus facile, donc plus courante, et ça en dérange plusieurs.

Création de de bp6316 is off to Denver sous contrat Creative Commons de type Paternité 2.0 Générique.Vous comprendrez que, hé hé, c’est un sujet qui me touche de près. En fait, le sujet m’intéresse à plus d’un titre.

D’entrée de jeu, pirathécaire ou non, le débat m’agace terriblement. J’écoute les arguments des détracteurs de l’anonymat et j’ai l’impression d’entendre… une cassette. S’exprimer sous le couvert de l’anonymat permet d’écrire n’importe quoi sur n’importe qui. C’est évident. L’anonymat peut servir à dénoncer, soit, mais plus souvent permet de dire tout haut et sans risque ce qu’on se contente généralement de penser. C’est évident. Pour se cacher derrière un pseudonyme, il faut être lâche. C’est évident.

Évident. Sacrément évident.

Assez ironique. La capacité à faire preuve de sens critique face à l’information est, de toutes les compétences informationnelles, celle qui me semble la plus importante. Une compétence évidemment chère aux yeux des journalistes, premiers à dénoncer l’usage de l’anonymat. Or, faire preuve de sens critique, ça signifie aussi de savoir remettre en question les idées qui paraissent évidentes.

C’est évident qu’il est plus courageux de signer un texte de son nom. Mais comme toute évidence, on a tôt fait de s’asseoir dessus. Est-ce que choisir de signer ou non un texte est toujours possible? Où est-il, le courage, là où il n’y a pas de choix? Où se termine le courage, quand commence la témérité? Elle se situe où, la limite claire entre une bonne et une mauvaise raison de demeurer anonyme?

Le courage, c’est bien relatif. Je ne suis sûrement pas la seule à me surprendre à l’occasion de ce que des gens considèrent un geste comme courageux, alors qu’il m’apparaît plutôt banal, à moi.

Cela dit, les deux arguments principaux servis pour dénoncer l’usage de l’anonymat sont les suivants: publier sous son nom, c’est assumer la responsabilité de ce qu’on écrit et c’est aussi s’assurer d’une crédibilité que les auteurs anonymes n’ont pas. Oui, ça semble convaincant. Mais l’est-ce vraiment? Je reviendrai sur chacune de ces explications dans mes prochains billets.

~ par pirathecaire le 11 octobre 2009.

8 réponses to “lourd, l’anonymat (1/3) – l’évidence”

  1. Sur la crédibilité, je conteste complètement : cette crédibilité sur internet peut s’acquérir même avec l’anonymat, sur le long terme. Le premier exemple en est Maître Eolas (mais il y a aussi Aliocha, Philarête, etc.)
    La crédibilité repose sur les sources données à ce qu’on avance et la pertinence des conclusions que l’on tire des faits présentés. Au contraire, l’anonymat interdit d’utiliser l’argument d’autorité.
    Sans forcément en venir à prétendre que l’anonymat renforce la crédibilité, il me semble évident qu’un auteur, anonyme ou non, a la capacité à devenir crédible, ou à se décrédibiliser.

    • Je suis bien d’accord! D’ailleurs, c’est embêtant, je sens que je vais devoir retravailler un de mes billets, question de ne pas avoir l’air de bêtement plagier! ;)

      Merci du commentaire!

  2. Désolé ! (sincèrement) J’aurais dû faire attention à la mention « 1/3″…

  3. Tiens, c’est intéressant d’aborder cette question. Je comprend les nombreux avantages de l’anonymat, en particulier dans des cas où les sensibilités (personnelles et professionnelles) peuvent être misent à l’épreuve. Par contre, j’ai de la difficulté à saisir le sens de l’anonymat dans le merveilleux monde de la bibliothéconomie qui est le nôtre : où est le risque ? où est la contreverse lorsqu’on aborde la question du rôle de la bibliothèque ou bien la problématique du livre électronique ? Doit-on se cacher pour parler d’indexation ou de nos rapports amour-haine avec Google ?

    J’avais soulevé la question, il y a quelques temps sur Twitter. Certains collègues m’ont répondu que l’anonymat permettait de prendre position, de s’afficher, bref que le voile du blogue donnait du pouvoir. Mais du pouvoir pourquoi ? Je pense suivre la plupart des blogues de bibliothécaires québécois (qu’ils soient ouvertement signés ou bien anonyme) et je n’y ai jamais vu la moindre contreverse, le moindre commencement de début de débat un peu houleux, la moindre montée de lait. Ce qui m’amène donc à me demander : pourquoi diantre se cacher si ce n’est que pour prendre le même ton, alimenter le même type de discours et reconduire les mêmes thèmes que les non-anonymes ?

    Est-on si frileux dans nos institutions (universitaires, municipales, provinciales, ou autre.) que nos professionnelles doivent se cacher pour bloguer cataloguage et développement de collections ?

    j’ai bien hâte de lire vos prochains billets sur ce sujet.

    Jean-François

    • D’abord, merci pour le commentaire! Il met très bien la table pour mon prochain billet, dans lequel j’aborde certaines des motivations qui peuvent sous-tendre l’emploi de l’anonymat.

      Cela dit, pour vous répondre sans «m’auto-spoiler», en ce qui me concerne, qualifier mon employeur de frileux relativement aux, hum, «communications externes non-contrôlées», est un sacré euphémisme. Je crois qu’à ses yeux tout, vraiment tout est matière à une possible controverse.

      Bien que ma vision des choses soit aussi différente qu’il est possible de l’être, comme personne et comme professionnelle, c’est une bataille que je ne souhaite pas mener, du moins pas de front.

  4. Et il ne faudrait pas oublier le simple plaisir de la fiction. Un thécaire anonyme baveux, moi je trouve ça fort amusant. Ça change du tran tran quotidien de notre profession. Je jubile à la simple idée qu’un Zorro de la profession règle les torts, fustige les idées reçues, peste et tonne, tonnerre de Brest.

    Restez anonyme diantre et cessez de vous en défendre.

    Jodoin

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