lourd, l’anonymat (2/3) – la responsabilité

C’est le principal argument avancé par ceux qui s’opposent à l’utilisation de l’anonymat. La responsabilité. Celle qui distingue les vrais des lavettes.

Signer un texte, c’est devoir vivre avec ses mots… y compris face aux gens qu’on a pu éreinter. C’est courir le risque d’être critiqué. C’est assumer ses propos jusqu’au bout.

A contrario, écrire sans révéler son identité, c’est se donner le pouvoir d’émettre n’importe quel propos sur n’importe qui. C’est louche, quoi. Pas sérieux. L’anonymat est le refuge de ceux qui veulent se vider le coeur sans conséquences fâcheuses, de la mesquinerie facile, de la diffamation à peu de frais. Sans compter que, pour certains, c’est témoigner d’une crainte injustifiée, donc agir en pleutre.

Tels sont les arguments avancés par… des journalistes, essentiellement. Beaux arguments. Il n’y a pas à dire, c’est très noble de se tenir face aux propos qu’on émet. Le seul problème, c’est que le principe a ses limites, des limites que minimisent bien souvent ses défenseurs.

Création de Capture Queen sous contrat Creative Commons de type Paternité 2.0 Générique.Est-ce que signer d’un pseudonyme signifie nécessairement qu’on n’assume pas ses paroles? Vraiment? Permettez-moi d’en douter. D’abord, comment juger lorsqu’on ne peut relier le pseudo et la véritable identité d’un auteur? Préjuger, prendre pour acquis qu’on peut se prononcer sur les intentions de quiconque écrit sans se dévoiler, c’est déjà risquer l’erreur.

Évidemment, quelqu’un peut vouloir exprimer des idées que le devoir de réserve l’empêche de diffuser librement. Mais quelqu’un peut aussi assumer ses propos «dans la vraie vie» et choisir de les assumer différemment en ligne… sans ce que soit pour se permettre des grossièretés. Ainsi, quelqu’un peut souhaiter s’effacer derrière ses propos et craindre que sa personne détourne l’attention du contenu, peu importe la nature de ce contenu.

Et l’anonymat a ses limites. C’est peut-être facile de troller un blogue, mais la modération existe justement pour ça. Et croire qu’on peut se servir de l’anonymat afin de se défouler sans avoir à répondre de ses propos, par exemple par le biais d’un blogue, c’est naïf. Si quelqu’un veut vraiment retracer un auteur anonyme, ça se fait.

Enfin, s’exprimer sous sa véritable identité parce qu’on choisit de s’assumer, c’est très louable. C’est vrai que lorsqu’on doit vivre avec les propos qu’on a émis, il y a plus de chances pour qu’on y pense à deux fois avant de prendre la parole. Et ce n’est certainement pas moi qui qui irai dire que c’est une mauvaise chose que de réfléchir avant de parler ou d’écrire. ;) Mais quand on risque par exemple d’avoir à affronter des gens critiqués, en particulier dans un petit milieu, ça peut être fort tentant d’être plus… indulgent? C’est humain: on choisit ses combats. Et cette autocensure, pour fort compréhensible et difficile à quantifier qu’elle soit, n’en constitue pas moins une forme d’esclavage.

~ par pirathecaire le 16 octobre 2009.

4 réponses to “lourd, l’anonymat (2/3) – la responsabilité”

  1. Je suis tout à fait en accord avec ce billet, mais je voudrais ajouter un petit bémol : l’anonymat doit, quant à moi, servir un propos, une prise de position. En d’autres termes, l’anonyme légitime son voile en mettant de l’avant un discours qui, s’il était identifié, le mettrais en danger ou tout au moins dans une situation délicate, right ? L’anonyme, tel le super-héros, tire un certain pouvoir de son masque et il se sert de ce pouvoir, il le met de l’avant pour changer ou faire avancer les choses.

    Cher pirathécaire, votre identité n’a aucune importance pour moi, mais votre position m’importe beaucoup. Profitez donc de cet anonymat pour être mordant et, pour reprendre le terme de M. Jodoin, “baveux”. Il faut secouer ce petit monde endormi et, avouons-le, parfois bien endormant.

    J’attend avec impatience la conclusion de ce billet.

    • Oh la la, on me met de la pression!… ;)

      Est-ce que la prise de position légitimise l’anonymat? Je n’en suis même pas certaine. À ce compte, un écrivain tout à fait ordinaire qui choisirait de publier sous un nom de plume serait à blâmer?

      Quand je disais que le courage c’est relatif… Personnellement, je ne blogue anonyme que parce que toute prise de parole publique de ma part dérange mon employeur. Mais mon objectif avec ce blogue est plutôt de donner à réfléchir concernant certains aspects de notre profession que de créer de la controverse.

      Cela dit, on peut bien voir la controverse là où on le souhaite, hein. Tant qu’à ça, il y a ce monsieur qui se roule par terre dès qu’une bibliothèque publique a le malheur de mettre 30$ dans l’achat d’un livre de croissance personnelle: http://kiosquemedia.blogspot.com/search?q=biblioth%C3%A8ques

      Par curiosité, vous voudriez que je morde qui ou quoi, au juste? ;)

  2. Mais alors, et j’avoue bien humblement me faire l’avocat du diable, pourquoi ne pas tout simplement publier dans Argus ou dans Documentation & Bibliotheque ?
    Sans vouloir vous insulter, pourquoi la figure du pirate si on fait dans la marine marchande ?

    • No offense taken, comme disent les Chinois. ;)

      Je ne me considère pas meilleure que n’importe quel thécaire actuel (enfin!…): j’en suis encore à explorer. Pour ce que je tente de faire ici, je préfère le blogue à nos revues. Il me permet de publier ce que je veux, au rythme qui me convient, quand je le désire.

      De toutes façons, aussi incroyable que cela puisse paraître, mon employeur voit d’un très mauvais oeil que je publie, fut-ce dans une revue professionnelle…

      En ce qui concerne la figure du pirate, ouais, vous touchez un bon point. Mais je le répète, j’en suis encore à un stade exploratoire. J’attends de voir comment mon ton et mon propos vont évoluer. J’ai envie de ne pas me fixer de limite: j’ai soif de liberté. On rejoint peut-être bien là l’image du pirate, finalement! ;)

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