ne prononcez même pas le mot!

C’est systématique. Immancable. Inévitable. Qui dit bibliothécaire dit livres. Même pour ceux qui n’ont qu’une vague idée de ce qu’un bibliothécaire peut manger en hiver, le lien semble évident. Et ça commence à me taper franchement sur les nerfs.

Création de sleepyneko sous contrat Creative Commons de type Paternité-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 Générique.Entendez-moi bien! J’adore les livres. Pas tous, pas tout le temps, mais tout de même. Je n’aurais pas songé à me diriger en bibliothéconomie si je n’avais pas eu un certain intérêt, si ce n’est un intérêt certain, pour l’imprimé.

Alors, où est le problème?

Le problème, car pour moi c’en est un, réside dans la limite que cette association ne peut qu’occasionner. C’est en quelque sorte une cage dorée: on nous reconnaît une expertise dans le domaine du livre, mais cette expertise devrait s’arrêter là.

Comme professionnelle de l’information, je me trouve continuellement dans l’obligation de justifier encore et encore mon intérêt pour tout autre type de documentation. À croire que même pour ceux qui présument savoir qu’un bibliothécaire ne passe pas ses journées à classer des livres, il est difficile d’imaginer que nous puissions passer ces dites journées à travailler sur autre chose que des livres.

Quel est le rapport des technologies de l’information et des communications avec les bibliothèques?, me demande-t-on constamment. À quoi peut bien servir la veille? Apprendre à ma clientèle à améliorer ses compétences en recherche d’information? Pourquoi?

Il arrive qu’un tel écart entre la perception que les gens se font de ma profession et mes propres idées m’ébranle. Je me demande alors: «Est-ce moi qui suis dans le champ?» Mais je regarde, je lis et j’échange avec des collègues et force m’est alors d’admettre que, non, je ne suis pas dans le champ. Le coeur de notre profession ne se situe pas dans le livre.

Nous sommes en sciences de l’information. Bien que nous chérissions le livre pour des raisons rationnelles aussi bien que sentimentales, notre expertise s’étend à tous les types de supports et à tous les types de contenus.

Cela étant dit, je commence à manquer d’imagination pour expliquer la chose autour de moi et convaincre. Le changement de titre, les métaphores, les exemples… j’ai déjà tenté le coup. Sans grand succès. Des idées, quelqu’un?

~ par pirathécaire le 25 octobre 2009.

6 Réponses to “ne prononcez même pas le mot!”

  1. Bonjour,

    Documentaliste en lycée professionnel, j’ai une solution : j’installe mes collègues professeurs à côté de moi avec une bonne tasse de thé. En moins d’une heure, ils ont compris la diversité du travail. Les élèves qui osent me poser la question, pareil (la dernière a tenu moins de 10 minutes, arf !). L’inévitable question “Et il faut un CAPES pour ranger les livres ?” ne disparaîtra pas demain, mais je l’entends beaucoup moins. Gros avantage sur vous, les professeurs sont des prescripteurs, et “bien dressés”, ils sont des relais importants pour faire comprendre mon rôle auprès des élèves.
    La tasse de thé (ou de café, de chocolat ou de tisane, je ne suis pas sectaire), ou plus précisément ma bouilloire est mon meilleur outil de communication : il implique de préparer la tasse, de se poser sur une chaise pour la boire. Donc de prendre le temps soit d’observer si je suis trop occupée, soit pour discuter de la dernière revue à commander, ou, fin du fin, de la prochaine séance avec les élèves.
    Je suis une fervente du coin café dans les bibliothèques en général, mais il y a aussi peut-être une réflexion à mener sur l’aménagement (on a déjà dû y penser, mais j’ai un monstrueux retard dans ma lecture du BBF…) ! Plutôt qu’une banque de prêt, ne pourrait-on pas parler d’un bureau de renseignements et le penser comme tel ? Et ainsi harponner les utilisateurs pour leur apprendre à se débrouiller tout seuls ?

    Voici quelques petites réflexions en vrac, d’une pas tout à fait bibliothécaire. Mais comme je me nourris des expériences des bibliothécaires pour faire avancer ma pratique de prof-doc, j’espère vous retourner la pareille en vous décrivant mes pratiques.

  2. Et en fusionnant la tisanerie des agents et le coin café des lecteurs, ne pourrait-on pas encourager le dialogue constructif ? Rien que d’entendre deux bibliothécaires discuter à côté de soi rend immanquablement plus sensible à la diversité du métier. le phénomène s’observe notamment au sein de la communauté des fumeurs, qui se retrouvent souvent à fumer au même endroit, lecteurs ou agents… et, la complicité tabagique aidant, à échanger.

  3. À l’instar des cousins français, on pourrait envisager de renommer nos bibliothèques “médiathèque”. Par ailleurs, si on se promenait un peu, dans la bibliothèque, avec un petit netbook sous la main, plutôt que d’attendre inlassablement que l’usager vienne nous voir derrière notre comptoir beige, peut-être qu’on ferait avancer un peu les mentalités ET notre efficacité… je dis ça de même, (et je me répète sans doute dans mes commentaires), mais les représentations les plus difficiles à faire évoluer sont au sein même de la profession, et non dans le grand bassin des usagers des bibliothèques…

  4. ET pourquoi pas se renommer “Infothèque” (Archimag n°225, juin 2009)
    “le terme médiathèque est trop connocté lecture publique et le terme bibliothèque trop attaché au support livre”
    “Infothèque: mot-valise qui évoque l’information et les services d’informations”.

  5. Merci pour vos suggestions! La stratégie de la tasse est particulièrement futée, je pense que je vais m’en inspirer… ;)

    Je rajouterais deux commentaires:

    D’abord, c’est certes un défi de conscientiser nos clients, mais il est vrai qu’une fois qu’ils comprennent en quoi nous pouvons leur être encore plus utiles que ce qu’ils imaginaient, la partie est tout près d’être gagnée. Par contre, c’est une autre paire de manches de séduire nos patrons… Même en justifiant systématiquement la pertinence de nos actions, ils sont souvent tellement dans le contrôle de l’information que c’est la panique sitôt qu’on semble vouloir sortir d’un certain moule… Enfin, c’est ce que je constate.

    Aussi, concernant la nomenclature. Peut-être à cause de la nature de notre profession, nous avons tendance à voir dans les changements de termes une solution claire et simple à l’incompréhension. Toutefois, j’ai certains doutes sur ce type de stratégie. Je ne peux m’empêcher de penser que les termes de bibliothèque, bibliothécaire, voir documentaliste, ont quand même le mérite d’être plutôt connus. Les changer pour des termes nouveaux, mais qui ne diraient rien, n’est peut-être pas une solution gagnante…

  6. [...] spécialistes du livre ou pas? faudrait vous brancher! Dans les médias comme en société, le bibliothécaire est tout naturellement associé à l’imprimé. Une correspondance que j’ai d’ailleurs avoué, plus tôt sur ce blogue, trouver parfois lourde à porter tant elle est systématique. [...]

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