H1N1 et sciences de l’information… quel rapport, vous dites?

Oh, allez, je vous vois venir… Où en est-on rendu lorsque même les bibliothécaires se mettent à discourir de la fameuse grippe A (H1N1)? Quel est le rapport entre des bibliothécaires et un enjeu sanitaire? Et est-ce qu’on n’en parle pas déjà assez, d’abord?

Eh bien… je suis d’accord! On en parle assurément trop, de cette foutue grippe. Mais justement, c’est la question de la gestion de l’information concernant la H1N1 qui m’intéresse ici. Une gestion de l’information déficiente qui affecte particulièrement les campagnes d’information et de vaccination contre la H1N1.

Note: Cette analyse s’applique évidemment à la situation québécoise et peut-être plus largement au contexte canadien. Les lecteurs d’ailleurs constateront toutefois sans doute des similitudes entre la conjoncture dépeinte ici et celle qui prévaut dans leur propre pays. Quoique. Je leur souhaite que non.

En fait, depuis quelques semaines, je ne peux m’empêcher de penser que fichtre, ils manquent salement de bibliothécaires en santé publique. Ou plus probablement, ils les exploitent mal. Et plus le temps passe, plus cette impression se confirme!

La question du traitement de la H1N1 comporte nombre de ramifications. Pour éviter de m’y perdre, je m’appuierai sur trois compétences informationnelles standard qui mettent bien en relief les problèmes engendrés par la façon inadéquate dont l’État et la santé publique gèrent l’information actuellement.

Première constatation: lorsqu’il est question d’évaluation critique de l’information et des sources de celle-ci, l’État ne facilite certainement pas la tâche à ses citoyens. On pourrait même carrément dire qu’il leur nuit.

Création de tinkernoonoo sous contrat Creative Commons de type Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 Générique.

Sans doute, ce sont les médias qui diffusent quantité d’informations, toutes plus contradictoires les unes que les autres. Mais peut-on sérieusement reprocher aux journalistes de faire leur boulot, c’est-à-dire de rapporter les différents courants de pensée qui traversent la société?

De son côté, qu’a fait la santé publique pour répondre à cette situation? Oh, on a présenté «sur papier» un état de la situation certes détaillé et nuancé, et quand même assez bien vulgarisé. Pourtant, la population reste hésitante. Pourquoi? Peut-on vraiment affirmer, comme nombre de tenants de la vaccination incluant les porte-parole de l’État, que seules l’ignorance et la crédulité poussent certaines personnes à hésiter face à la vaccination? N’en déplaise à ces messieurs-dames, leur attitude aussi bien que leur gestion de la crise prêtent flan à la critique et nuisent assurément à la confiance qu’on leur porte. Il est naturel de se méfier d’une source d’information en laquelle on croit déceler des failles. Et si les gens n’ont pas tellement confiance en une source, peut-on leur reprocher de se méfier ensuite des recommandations que cette dite source leur transmet?

Il semble que l’État sous-estime les compétences de ses citoyens à évaluer l’information de façon critique et que cet estimé erroné affecte les campagne d’information et de vaccination contre la H1N1. Et il n’est pas besoin d’être un adepte des complots pour se méfier un tant soit peu du discours des gestionnaires du ministère de la Santé, par les temps qui courent.

Cette constatation nécessite une explication, ce qui nous amène à mon deuxième point: alors qu’ils sont les spécialistes des questions d’épidémiologie et de vaccination et au coeur de l’action, les gestionnaires de la santé publique semblent mésestimer si ce n’est parfois ignorer les enjeux culturels et éthiques liés à l’information.

Il est vrai que certaines craintes irrationnelles ont toujours cours parmi la population. Il est certain que bien des gens, même parmi les plus instruits, se font une idée déformée ou sont carrément ignorants des enjeux entourant la vaccination et les épidémies. Cela étant dit, est-ce qu’on peut aussi admettre que 1) toutes les craintes ne sont pas simplement stupides; 2) que certaines d’entre elles sont peut-être même fondées, du moins en partie; 3) que de vouloir changer les perceptions en adoptant une attitude rigide, voire carrément méprisante, à l’égard des gens qu’on veut convaincre, est une stratégie pour le moins… médiocre?

Ainsi, en rejetant du revers de la main certaines objections éthiques soulevées dans les médias, sans jamais y répondre autrement qu’en attaques ad hominem plutôt que par des arguments probants, il m’est bien difficile d’imaginer ce que l’État pense gagner. Un exemple? Face à monsieur Marc Zaffran, qui remet en question la stratégie de vaccination contre la H1N1 pour des raisons éthiques à Tout le monde en parle, Monsieur Alain Poirier rispostant qu’il espère que monsieur Zaffran ne sera jamais directeur de la Santé publique. On est tout de suite convaincu, n’est-ce pas?

Cela étant dit, si par chance une partie de la population est suffisamment informée et reste encore convaincue de participer à la campagne de vaccination, un autre problème persiste. Une carence que j’associerais à la compétence informationnelle quasi de base qui est de savoir et de pouvoir accéder à une information nécessaire de façon efficace.

Je ne traiterai pas directement des problèmes d’organisation criants qui surgissent depuis que la campagne de vaccination est lancée. La pagaille actuelle que le ministère de la Santé tente plutôt mal que bien de minimiser s’étend toutefois aussi à la sphère informationnelle.

Malgré le fait que les équipes en santé publique travaillent depuis des mois à la présente campagne, malgré le fait qu’une partie importante de la population reste à convaincre ou accepte tièdement le vaccin, malgré le fait que l’information et logiquement la gestion de l’information déjà cruciales en santé publique, le sont plus encore dans un tel contexte, que constate-t-on? Une diffusion de l’information brouillonne, confuse et qui ne s’excuse même pas de l’être!

La contradiction est tout de même ironique. Alors qu’on martèle depuis des semaines qu’il est important que la population, en particulier les personnes faisant partie de groupes à risque, se fasse vacciner, la campagne débute dans un chaos total et que répondent les porte-parole du ministère de la Santé? Que les gens doivent comprendre et être patients. Que ça va s’améliorer. Wow. C’est certain que si je suis une femme enceinte de plus de vingt semaines, ça me donne le goût d’aller attendre debout, en ligne, pendant plusieurs heures, pour un fichu vaccin que j’hésitais peut-être à me faire injecter. Surtout après m’être fait dire qu’on me réserverait une dose «sans adjuvant» et que finalement, la dose «avec adjuvant» fera l’affaire. Surtout après m’être fait retourner de bord suite à une autre attente debout, en ligne, pendant plusieurs heures.

Je ne suis pas une spécialiste de la santé publique. Je ne suis pas épidémiologiste. Je suis juste bibliothécaire. Mais en regard de la gestion de l’information de la présente campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1), je constate de nombreuses lacunes. Lacunes assez graves pour me laisser penser que tout compte fait, si la majorité de la population choisit finalement de ne pas se faire vacciner, les responsables de la diffusion de l’information et des communications de la santé publique devraient au moins avoir la décence de prendre une partie du blâme.

En guise de conclusion à ce long billet, je terminerai sur une note quand même plus joyeuse: une suggestion de lecture découverte via @Tredok, le carnet de route d’un bibliothécaire en temps de grippe. Oui, les thécaires savent être tendance. ;)

~ par pirathécaire le 30 octobre 2009.

Une Réponse to “H1N1 et sciences de l’information… quel rapport, vous dites?”

  1. [...] d’ailleurs à lire Pirathécaire, qui s’intéresse aussi à ces questions, et qui mentionnait récemment le rôle que pourraient aussi jouer les bibliothécaires pour informer le [...]

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.