médias en crise (2/3) – déconstruire pour mieux rebâtir

Je suis bibliothécaire. On ne s’étonnera donc pas que l’organisation et le repérage d’information soient des sujets capitaux à mes yeux. Je ne peux toutefois que me désoler qu’ils ne soient pas aussi importants pour le reste du monde. Surtout quand j’ai à consulter un portail médiatique. Ouf!

Peu importe la langue, la culture, la région, les caractéristiques des portails de la presse écrite et des médias en général sont similaires:

  • une page d’accueil surchargée et à la mise en page convenue;
  • une organisation de l’information peu intuitive, donc inadaptée à des sites aussi chargés de contenus, et lourde, donc totalement inefficace;
  • des archives mal organisées, plutôt difficiles à retracer, peu attrayantes… et pourtant, généralement payantes.

pages d’accueil et mise en page

échantillon prix au hasard

D’accord, on comprend le principe. Une page d’accueil chargée pour démontrer dès l’arrivée sur le site la richesse de son contenu. Un accueil-synthèse, un résumé de toute l’actualité, sur tous les sujets, une perspective infinie en une seule page.

Mais c’est surchargé. Surchargé comme dans trop chargé. Et encore, s’il n’y avait que cela… Les portails sont surchargés et laids. On n’ose peut-être pas le dire trop fort, parce que l’utilité de ce type de site devrait primer, mais je regrette: l’esthétique n’enlève rien à la valeur d’un site d’information et devrait aussi être prise en compte. C’est bien simple, même les bandeaux publicitaires, ceux qu’on devrait à tout le moins tolérer puisqu’ils sont garants de revenus pour les auteurs des sites que nous visitons et donc d’une relative gratuité, ces bandeaux publicitaires, donc, sont non seulement laids, mais bien souvent réellement agressants.

Et encore, cette laideur ne dérangerait peut-être pas tant la consommatrice d’information que je suis si elle servait véritablement le propos. Ce n’est pas le cas. Est-ce qu’on doute de pouvoir trouver quelque chose en se rendant sur Google? Je ne pense pas, hein. Est-ce qu’on pense dénicher ce qu’on cherche lorsqu’on débarque sur un portail médiatique? Pas sûr.

organisation de l’information

Il existe des moyens d’optimiser l’organisation d’un site «lourd». Et malgré ma référence à Google, je ne pense pas à l’installation d’un simple moteur de recherche ultra performant.

Création de LizaWasHere sous contrat Creative Commons de type Paternité-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 Générique.D’abord, rien dans ce domaine ne bat Google. Offrir un moteur comme instrument de recherche principal, c’est carrément inciter les utilisateurs à passer par Google.

Ensuite, même lorsqu’on n’offre pas de moteur de recherche, l’organisation de certains sites est tellement confuse que les utilisateurs sont là encore encouragés à chercher via Google.

Pourtant, un meilleur aménagement de l’information est possible. Et de la même façon que l’utilisation de raccourcis clavier est plus effice et rapide que le recours à la souris, une architecture informationnelle conviviale rend l’utilisation d’un moteur pour ainsi dire caduque.

Que sont donc les caractéristiques d’une organisation informationnelle de qualité? Intuition, représentativité, cohérence, équilibre.

Intuition. Est efficace l’organisation dont même les novices sauront pressentir le fonctionnement. C’est à ce chapitre que j’oserais dire que les portails de médias tiennent le mieux la route, mais là encore, je me demande parfois à quel point mes fonctions de chercheuse d’information professionnelle ne me poussent pas à la surestimation. Il m’est arrivé à maintes reprises de retracer aisément des documents que des clients avaient cherché en vain sur le portail d’un média. Et puis, si par exemple la mise en page standardisée facilite le repérage, cette méthode est appliquée de façon si rigide qu’elle finit par en devenir nuisible à d’autres niveaux. J’y reviendrai.

Représentativité. C’est bien beau, l’intuition, mais la structure d’un site se doit aussi de refléter l’organisation conceptuelle de la publication. Là encore, on pourrait dire que, he-hum, c’est plutôt réussi… pour nous faire réaliser à quel point la structure conceptuelle des médias en général est «broche à foin». D’un côté, on tente de reproduire les grandes divisions des médias traditionnels (affaires et économie, arts et spectacles, etc.), de l’autre on rajoute des structures propres au Web de façon apparemment improvisée. Pour fonctionner de manière efficace, l’organisation en ligne doit être repensée complètement. Si elle l’a été, cela ne paraît pas. De plus, l’architecture d’un portail doit être pensé de A à Z, des divisions principales jusqu’aux catégories de billets des blogueurs. Parce que lorsqu’on jette un coup d’oeil à ces dernières, on est en droit de se demander qui a pu laisser passer certaines subdivisions vu leur total inefficience.

Cohérence. Pour être rapide à comprendre et donc à utiliser, une organisation de l’information se doit de respecter une logique évidente, systématique, cohérente. Les termes adoptés pour une catégorie doivent être repris dans la mesure du possible dans toutes les catégories. Or, si certains médias respectent une relative cohérence, j’ai bien l’impression que c’est par hasard plutôt que par désir réel de faciliter le repérage d’information. Ainsi, c’est bien beau de laisser une certaine liberté à chacune des équipes de rédaction d’un média, mais un certain fil conducteur doit être imposé, dans l’organisation de l’information, dans la terminologie choisie. Et ici, je l’admets, le défi réside dans le choix réfléchi de ce fil conducteur, qui devra être accepté par toutes les parties, et non imposé.

Équilibre. Dans tout classement, les divisions se doivent d’être équilibrées, c’est-à-dire d’être de proportions semblables. Une catégorie peu fournie est inutile. Une subdivision trop garnie est inutilisable. Cette caractéristique, bien qu’essentielle, est souvent la plus négligée dans l’organisation d’un portail. Pourtant, c’est sans doute celle qui, si négligée, donne le plus une image d’amateurisme à une structure informationnelle. Tout en respectant la représentativité du contenu, une organisation efficace doit donc aussi tenir compte du contenu des structures qu’elle propose et rééquilibrer si nécessaire. Ai-je vraiment besoin de vous expliquer en quoi les portails médiatiques sont un contre-exemple éclatant de ce que signifie une organisation de l’information équilibrée?

archives

Règle générale, les médias traditionnels ne se soucient pas vraiment que leur production soit vite périmée. Les archives sont mal exploitées, si tant est qu’il y en ait. On est dans une culture de l’instantané, ou du moins du pas-très-long. Dans le contexte d’Internet, la pérennité de l’information devient soudainement très importante. Lors du passage à l’électronique, les médias espèrent souvent donner une seconde vie à leur production en mettant en valeur leurs archives, voire en en rendant l’accès payant. Pourtant, qu’ont ces archives à offrir pour qu’on les désire au point de payer pour elle?

Souvent mal intégrées, encore plus difficiles à retrouver que les articles du moment, n’offrant aucune bonification particulière… Soyons honnête: les archives des médias ne font pas vraiment le poids face à tout le contenu d’Internet, parfois moins crédible (et encore!), mais bien souvent pensé pour Internet, pour un repérage facile et une durée prolongée.

Une plus grande longévité de la production des médias pourrait être une des clés de la nouvelle rentabilité ou du moins des nouvelles façons de faire des médias. Mais cela nécessiterait de repenser les archives dans leur entier, ce qui n’est pas le cas présentement. Enfin… Si certains médias le font, ils devraient se poser des questions, car ce n’est pas évident. Et lorsque je parle de repenser les archives, je ne veux surtout pas suggérer que ces dites archives devraient simplement être payantes. Je pense plutôt à un classement clair et agréable à employer, une indexation de qualité qui enrichit la recherche, des liens entre les articles, des ressources supplémentaires quoi.

Faire payer des archives en ligne est toujours une solution boîteuse. Si on veut faire de l’argent avec des archives, l’intégration en parallèle dans des bases de données est une option plus intéressante. Notre clientèle conserve ainsi un accès direct à notre production, mais les bases de données demeurent intéressantes pour les personnes désireuses de mener des recherches plus complexes, de façon efficace et productive, dans un large éventail de ressources documentaires en même temps.

En terminant, pourquoi mettre autant d’énergie dans l’organisation de l’information? Parce que là est la clé. Parce que les médias qui seront utilisés seront ceux qui savent rendre le plus aisé l’accès à leur production, que les besoins d’information de leurs clients soient flous ou très pointus. Parce que les médias qui seront utilisés seront ceux qui rendront les choses claires et simples à leur clientèle. Parce que les médias qui seront utilisés seront ceux qui ne pensent plus en terme d’instantané, mais de longue durée.

Suite et fin dans mon dernier billet: médias en crise (3/3) – repenser l’information.

~ par pirathecaire le 11 novembre 2009.

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