moé pas d’accord
J’ai découvert aujourd’hui ce commentaire d’un certain Moé sous pourquoi pirathécaire? J’ai pensé qu’étant donné sa nature, il méritait une réponse plus soignée qu’à l’habitude. Après tout, ce n’est pas tous les jours que je reçois des critiques!
Je lui consacre donc un billet entier. Voici le commentaire en question, suivi de ma réplique.
Pourquoi cette amertume? Je suis bibliothécaire depuis des lunes et j’y trouve encore du plaisir. À l’ombre. Ben oui!
Of course, y’a les clichée (so what), l’anonymat (on travaille dans l’ombre… so what …) on est pas reconnu et on est payé pour lire? So what?
Pourquoi pas?
Si on court après la fortune, faudrait sans doute pas faire bibliothécaire.
Quant à la grippe, la fameuse H1N1, sommes-nous professionnels et citoyens responsables quand nous diffusons, (at large), dans nos catalogues, les élucubrations de Guylaine Lanctôt sur la vaccination? La biologie totale et la prétentieuse mission du bibliothécaire!
Soyons réaliste.
Les bibliothécaires ne changent pas le monde, ils le reflètent.
À l’ombre, dans l’ombre…
(C’est quoi ce délire de reconnaissance? Faites de la politique si la bibliothéconomie vous oppresse!)
Enfin un peu d’action dans ce blogue aux commentaires généralement consensuels!
Cher Moé. Vous semblez reprocher aux bibliothécaires de développer des collections en fonction des demandes de leurs clientèles, aussi futiles ou «déraisonnables» puissent-elles être. Reproche, puisque ce choix nous condamnerait au silence dès qu’il s’agit de critiquer l’utilisation de l’information, sous prétexte que nos collections ne sont pas parfaites et indiscutables selon vos critères – ou même les miens, tant qu’à ça.
J’estime quant à moi qu’il est beaucoup plus rentable de travailler à développer l’esprit critique de ma clientèle plutôt qu’à filtrer systématiquement ce que je lui offre à consulter, en particulier à l’ère d’Internet. Cela ne signifie pas que je ne sais pas discriminer, monter une bibliographie ou encourager certains types de documentation plutôt que d’autres. Mais je préfère encourager l’autonomie de ma clientèle plutôt que de développer des services-béquilles. Et je crois que la meilleure réponse à une mauvaise information est d’une donner une meilleure, non pas de bannir la dite mauvaise information. Ainsi, même les documents contestables de nos collections s’avèrent hautement utiles, ne serait-ce que pour faciliter la dénonciation des informations douteuses qu’ils contiennent. Je soupçonne ne pas être la seule bibliothécaire à penser ainsi, puisque c’est au contact de mes collègues que j’en suis venue à considérer ces explications comme tout-à-fait convaincantes et légitimes. C’est aussi ce raisonnement qui m’a poussé à vouloir m’exprimer publiquement, puisque je considère nuisibles les faits erronés colportés sur la profession de bibliothécaire.
En passant, vous me pardonnerez de vous paraphraser, mais c’est quoi ce délire de fortune et de gloire? Est-ce que c’est de cela dont il s’agit dans ce blogue? Vous croyez vraiment que revendiquer un droit de parole est une simple question d’ego, qui s’explique par un manque d’attention ou une prétention sans borne? Yeah, right. C’est pour ça que je suis devenue bibliothécaire. J’hésitais entre les sciences de l’information et Loft Story.
Nous sommes en démocratie. La prise de parole est un geste capital au sein de ce système politique. Devrait-elle être réservée à des élites? Quelles élites, alors? Et pour quelle raison les bibliothécaires, eux, devraient-ils se taire? Écrire sur ce blogue ne m’apporte absolument rien, outre les encouragements et les mots gentils de certains lecteurs, qui pour l’essentiel s’avèrent être des collègues et souvent des amis. En outre, qu’y a-t-il de préjudiciable à cultiver un certain idéalisme et désirer changer les choses autour de soi? La définition du bibliothécaire telle que présentée par notre corporation ne débute-t-elle pas par cette phrase «Le bibliothécaire est fondamentalement un agent de changement dans la société»? Nous n’atteignons pas notre mission? La belle affaire! Une ambition déjà réalisée, cela ne s’appelle plus une ambition.
Je suis amère, mais je n’ai pas dit que je n’avais plus de plaisir dans mon travail. Si c’était le cas, j’en changerais. Si votre seul motif de plainte à l’égard de votre profession réside dans les mentalités de vos collègues et que votre plus grand défi est de faire disparaître de vos collections les ouvrages de Guylaine Lanctôt, tant mieux pour vous. Ce n’est pas mon cas. Je n’ai personnellement que peu d’ambition pour ma carrière. J’en ai beaucoup pour ma profession et je ne vois pas en quoi c’est un défaut.



Salut pirathécaire,
Je suis ravie d’avoir titillé ta fierté professionnelle, qui, étonnamment, n’aurait rien à voir avec ta carrière.
Chanceuse!
Ma profession et ma carrière, moé, ne font qu’une.
Je clame l’une et pratique l’autre dans un environnement qui valorise la deuxième et se moque de la première.
Oublie les slogans de la corpo: “agent de changement” … dans la vraie vie du quotidien ça veut dire quoi?
La bureaucratie et les technocrates font des bibliothécaires ce qu’ils veulent. Le droit de parole en prend pour son rhume.
J’envie ton optimisme, je me souviens du mien, depuis je suis réaliste.
Je fais mon job avec entêtement et rigueur. Mais je ferme ma gueule.
Sauf sur les blogues.
Sans conséquence, entre collègues, anonymement.
Je n’ai pas d’autre forum.
Ce que j’ai à dire n’intéresse pas les décideurs.
Je chiale donc avec toé, pirathécaire, en sachant que demain ressemblera à aujourd’hui.
Mes amitiés et bonne chance!
moé a dit ceci le 20 janvier 2010 à 22 10 01 0101 |
This is the reason I lvoe pirathecaire.com. Nice post.
Marianne a dit ceci le 10 mars 2010 à 2 02 33 0333 |
Intéressant de voir des débats entre bibliothécaires sur l’intérêt de la profession !
Fox a dit ceci le 26 mars 2010 à 3 03 48 0348 |