bibliothécaire contre la hausse des frais de scolarité? ben tiens!

Je voulais terminer ma série sur la place de l’éducation et de la documentation portant sur la sexualité à l’école, mais j’ai décidé de l’interrompre le temps d’un billet pour m’exprimer, à mon tour, sur la grève étudiante qui a cours en ce moment au Québec. En fait, plus que la grève étudiante en elle-même, c’est la hausse des frais de scolarité à l’université qui m’interpelle.

Comme citoyenne québécoise, comme détentrice d’une maîtrise, comme mère, je pourrais sans doute y aller de ma propre expérience. Mon plaidoyer serait anecdotique.

Je pourrais présenter des arguments économiques démontrant l’invalidité des soi-disants arguments en faveur d’une hausse des frais de scolarité. Je ne le ferais jamais avec autant de pertinence que les cinquante-six étudiants des différents cycles et d’universités variées qui ont signé cette lettre.

Je pourrais dénoncer l’impact d’une telle mesure sur la classe moyenne et sur les contribuables, ceux-là même que notre gouvernement ose prétendre défendre avec tant d’ardeur, mais je n’ai pas le talent de pédagogue du député de Drummond et porte-parole de l’Opposition officielle en matière de langue, Yves-François Blanchet.

Je pourrais invoquer les conséquences néfastes prévisibles d’une telle hausse sur la santé globale de la population, mais jamais de façon aussi limpide que Geneviève Bois, étudiante en médecine à l’Université de Montréal. Je ne saurais pas plus démonter les clichés sur la hausse aussi magistralement que Xi Sophie Zhang, aussi étudiante en médecine, ou chiffrer comme elle l’a fait, références d’études crédibles à l’appui, les liens entre les frais de scolarité des universités d’un pays, ses conditions socio-économiques, la santé de sa population et l’accessibilité aux études universitaires.

Finalement, on ne se refait pas. C’est comme bibliothécaire que j’aborderai la question.

Au Québec, j’y ai déjà fait mention ici, plus de la motié des Québécois sont analphabètes, ou à tout le moins ont de faibles ou très faibles capacités de lecture et d’écriture.

Au Québec, j’en parlais dans le même billet, de 25 à 30% de Québécois n’obtiendront pas leur diplôme d’études secondaires avant l’âge de vingt ans. Plus de 10% de Québécois ne détiennent aucun diplôme.

En matière d’alphabétisation et d’éducation, notre société a certes fait des progrès énormes depuis 1950. Mais depuis les années 90, le nombre d’analphabètes au Québec ne bouge pas. Depuis les années 80, le nombre de diplômés du secondaire ne change pas.

Quelqu’un qui n’est que peu familier avec cet état de fait peut se demander en quoi l’analphabétisme et le taux de diplomation du secondaire sont liés aux droits de scolarité des universités québécoises. Ce sont des données qui, toutes, sont révélatrices du rapport difficile qu’entretiennent les Québécois à l’éducation et à la culture.

Que les Québécois face à l’éducation soient au final indifférents, craintifs, méprisants, en aient une vision utilitariste ou individualiste, peu importe. Le constat clair, celui qui saute aux yeux, c’est que les Québécois ne valorisent pas l’éducation. Ils n’y tiennent pas. Dans ce contexte, rendre l’université encore moins accessible qu’elle ne l’est déjà, c’est simplement les conforter dans cette idée que l’instruction, ce n’est pas nécessaire. Que l’éducation supérieure, on s’en passe.

Pour comprendre que le bas taux de scolarité des Québécois nous nuit à tous, aussi bien socialement qu’économiquement, encore faut-il être un tant soit peu instruit… et intéressé par la question.

En somme, telle qu’on nous la présente, cette hausse des droits de scolarité des universités véhicule l’idée que l’éducation universitaire n’est qu’un investissement individuel comme tant d’autres. À chaque citoyen-consommateur d’investir en son éducation ou en celle de ses enfants comme il investit dans une maison ou des actions, en espérant qu’elle rapportera.

Un tel discours, du même coup, rend complètement caduc celui du ministère de l’Éducation sur la persévérance scolaire. Les gens peu scolarisés auront à tout le moins compris assez vite qu’un diplôme universitaire ne signifie pas qu’on ignore le chômage ou qu’on est nécessairement plus riche. Les gains autres que sonnants et trébuchants d’une éducation, qu’elle soit universitaire ou non, leur resteront bien souvent inconnus.

Quand on fait référence aux modèles scandinaves, nombre de tenants de la hausse roulent des yeux. Malgré leurs vertus, ils sont apparemment impossible à importer. Par contre, les mêmes personnes s’empressent de comparer notre système d’éducation et celui de nos voisins continentaux anglo-saxons.

Aux États-Unis, une part significative des citoyens croient que le président Barack Obama est musulman, que les mariages interraciaux devraient être déclarés illégaux et que l’évolution n’est qu’une théorie, en soi pas plus crédible que le créationnisme (1). Il y aurait peut-être lieu de se demander si c’est vraiment ce genre de population ignorante, et ignorante parce que peu scolarisée, que nous voulons prendre pour modèle.

Comme bibliothécaire, je préfère faire partie d’une collectivité où on valorise la lecture et le savoir, ne serait-ce que pour ne pas nous faire fourrer.

(1) Il est périodiquement fait mention de ce genre de croyances dans les rapports de sondage du Public Policy Polling et du Pew Research Center.

~ par pirathécaire le 22 mars 2012.

4 Réponses to “bibliothécaire contre la hausse des frais de scolarité? ben tiens!”

  1. [...] Je pourrais présenter des arguments économiques démontrant l’invalidité des soi-disants arguments en faveur d’une hausse des frais de scolarité. Je ne le ferais jamais avec autant de pertinence que les cinquante-six étudiants des différents cycles et d’universités variées qui ont signé cette lettre . Je pourrais dénoncer l’impact d’une telle mesure sur la classe moyenne et sur les contribuables , ceux-là même que notre gouvernement ose prétendre défendre avec tant d’ardeur, mais je n’ai pas le talent de pédagogue du député de Drummond et porte-parole de l’Opposition officielle en matière de langue, Yves-François Blanchet . Comme citoyenne québécoise, comme détentrice d’une maîtrise, comme mère, je pourrais sans doute y aller de ma propre expérience. Mon plaidoyer serait anecdotique. bibliothécaire contre la hausse des frais de scolarité? ben tiens! « pirathécaire [...]

  2. [...] Étincelle locale et solidarité globale via les médias sociaux. Et, on ne manquera pas de lire une bibliothécaire qui explique et justifie son appui aux étudiants à l’aide d’arguments et de données [...]

  3. [...] Étincelle locale et solidarité globale via les médias sociaux. Et, on ne manquera pas de lire une bibliothécaire qui explique et justifie son appui aux étudiants à l’aide d’arguments et de données [...]

  4. [...] : c’est à cette aune qu’il faut lire les actions bibliothécaires de protestation contre les obstacles posés au système éducatif , contre l’imposition de lois mémorielles ou de censures édictant le ‘bien-penser’ , pour [...]

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