devenir pirathécaire, pour vrai. c’est le temps ou jamais

Parmi les Règles d’éthique des membres de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec est défini comme dérogatoire à l’exercice des activités de bibliothécaire l’action de «conseiller ou encourager un client à poser un acte qu’il sait être illégal».

Je m’apprête à enfreindre cette règle. Ou à tout le moins, à me rapprocher des limites de ce qu’elle défend. L’usage d’un pseudonyme me le permet, la gravité de l’heure l’exige. Je le fais au nom de principes autrement plus importants que cette règle, et qui figurent d’ailleurs en tête plutôt qu’à la fin de ce même document:

Le bibliothécaire doit favoriser l’accès au savoir humain.

Le bibliothécaire doit s’opposer à toute tentative visant à limiter le droit de toute personne à l’information.

Le bibliothécaire doit contribuer activement au mieux-être culturel, social et économique du public.

Afin de rendre l’information accessible au public, le bibliothécaire doit favoriser les mesures d’éducation et d’information de celui-ci en vue d’une exploitation plus rationnelle des ressources documentaires.

Règles d’éthique des membres de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec. Adopté à la 36e assemblée générale des membres de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec le 20 mai 2005. Extraits du Chapitre II, «Devoirs et obligations envers le public».

J’ai déjà écrit ici les raisons pour lesquelles j’estime que les bibliothécaires doivent s’opposer à la hausse des frais de scolarité. Elles ont fort à voir avec ces règles.

J’ose espérer que parmi mes collègues, qu’ils soient membres de la CBPQ ou d’une autre association professionnelle, qu’ils soient Québécois, Canadiens ou citoyens d’un autre pays, la très grande majorité si ce n’est tous conviendront que ces devoirs du bibliothécaire envers le public sont fondamentaux. Au même titre que le sont, pour les citoyens canadiens et québécois, les droits fondamentaux définis par nos chartes.

À titre d’information, ces libertés fondamentales sont ainsi définies par la Charte canadienne des droits et libertés, article 2: «Chacun a les libertés fondamentales suivantes: liberté de conscience et de religion; liberté de pensée, de croyance, d’opinion et d’expression, y compris la liberté de la presse et des autres moyens de communication; liberté de réunion pacifique; liberté d’association.» Et aussi définies par la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, article 3: «Toute personne est titulaire des libertés fondamentales telles la liberté de conscience, la liberté de religion, la liberté d’opinion, la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association.»

Les bibliothécaires ne peuvent pas ne pas se sentir interpellés par ces libertés fondamentales. La liberté de pensée, la liberté d’opinion, la liberté d’expression constituent des principes pour lesquels nous avons le devoir de nous battre au quotidien.

Or, depuis le 18 mai 2012, ces libertés sont désormais violées par la loi spéciale 78 qui a été adoptée à l’Assemblée nationale du Québec. Cette loi s’attaque spécifiquement à la liberté de conscience, à la liberté de pensée, de croyance, d’opinion et d’expression, y compris la liberté de la presse et des autres moyens de communication; à la liberté de réunion pacifique; à la liberté d’association. Elle est déjà en vigueur et elle le restera jusqu’en juillet 2013. C’est donc dire qu’elle brimera des libertés fondamentales au moment même où se tiendront les prochaines élections provinciales.

Comme bibliothécaires, il est de notre devoir de nous opposer à cette loi, et ce malgré le fait que s’opposer à cette loi est en soi enfreindre celle-ci. Dans la hiérarchie des principes et valeurs auxquels nous adhérons, comme citoyens et comme professionnels, comme acteurs essentiels de la démocratie puisque défenseurs du droit de toute personne à l’information, défendre les libertés fondamentales précède la défense de quelque loi que ce soit, à plus forte raison une loi inique.

C’est pourquoi, mes collègues, mes concitoyens, je vous encourage à résister à cette loi:

  • Faites ce que vous savez faire le mieux: informer et agir.
  • Instruisez-vous de la loi et trouvez tous les moyens possibles de la contourner. Diffusez ces moyens de résistance passive.
  • Faites connaître votre opposition.
  • Contactez les associations professionnelles dont vous êtes membres en leur demandant de réagir.
  • Contactez votre syndicat et informez-vous des actions qu’il compte entreprendre.
  • Allez prendre des marches. Le plus souvent possible.

Dans la vie, il est de ces moments lors desquels il faut choisir son camp.

En terminant, oui, je vais moi-même aussi défendre ces positions en mon nom propre! Et en bonne bibliothécaire, je conclurai avec cette série de ressources utiles sur le sujet, question de vous faciliter la tâche…

la loi

les chartes

l’opposition à la loi

… du Parti Québécois

… de Québec solidaire

… d’Option nationale

à propos de la loi, sur la place publique

… prise de position d’organisations et d’institutions

… prise de position de personnalités publiques

exemples d’actions entreprises pour contester la loi

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~ par pirathécaire le 20 mai 2012.

11 Réponses to “devenir pirathécaire, pour vrai. c’est le temps ou jamais”

  1. LOL!

  2. Vous pourriez ajouter la FAE (Fédération autonomes des enseignants) qui appuie le mouvement, dénonce la loi et publie une publicité savoureuse dans la presse du samedi 19 mai! Bonne chance!

  3. [...] de la cause étudiante par l’institution. Durant la fin de semaine du 18 au 20 mai 2012, les pirathécaires se sont prononcés: au diable, la déontologie, il faut absolument mettre fin à cette idée que l’éducation est [...]

  4. [...] cet excellent petit billet d’un bibliothécaire qui rentre en résistance, et qui devient pirathécaire ! PartageShareJ'aimeJ'aime  [...]

  5. Bravo pour votre engagement, votre texte bien documenté et les diverses références. Les bibliothécaires occupent une position unique pour favoriser une réflexion collective sur les enjeux de société.

  6. Merci pirathécaire! :)

    Je voudrais ajouter qu’il semble encore être impossible d’accéder, depuis le site officiel de l’Assemblée nationale, au texte de la loi 78 tel que sanctionnée — le lien mène à une page «Fichier inexistant». On peut le trouver au lien suivant d’après la page Wikipédia sur la loi: http://www.scribd.com/Radio-Canada/d/94118651-Loi-78-version-amendee

  7. Bravo de prendre position. Je suis bibliothécaire en France et je suis de près ce qui se passe à l’étranger. En tant que citoyenne et fonctionnaire, j’estime qu’ en dehors d’un certain droit de réserve il est nécessaire de se positionner afin de lutter contre une forme de « pensée molle » qui renvoie à une démagogie et n’engage pas à penser. Vous pouvez malgré tout faire valoir la contradiction qu’il y a dans les Règles d’éthique…

    • Merci! :)

      Je dirais que c’est plus le contexte que les principes et les valeurs qui pose problème ici… d’où l’importance de convenir d’une hiérarchie des dites valeurs et de la respecter. En prenant position officiellement contre la loi 78 cette semaine, la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec a démontré qu’elle l’entendait aussi ainsi. :)

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