lourd, l’anonymat (3/3) – la crédibilité

•20 octobre 2009 • 2 Commentaires

Il déresponsabilise ceux qui y ont recours. Il leur fait aussi perdre toute crédibilité. L’anonymat est vraiment un sale truc, pas vrai?

Création de Viernest sous contrat Creative Commons de type Paternité 2.0 Générique.

En cette ère d’abondance informationnelle, il est capital de pouvoir se fier à l’information qu’on consulte, n’est-ce pas? Les journalistes, dont les pratiques sont encadrées par des règles éthiques strictes, dont les méthodes valorisent l’esprit critique, offrent ainsi une garantie de fiabilité. À l’opposé, quelle crédibilité a un auteur anonyme?

Ici encore, comme bibliothécaire, je tique. À entendre nombre de journalistes, on croirait que critique, c’est leur petit nom. Et je ne veux rien leur enlever, mais il me semble que pour des gens qui se présentent comme des exemples, si ce n’est comme les parangons de la crédibilité, leur travail n’est pas exempt d’erreurs. Surtout, les compétences informationnelles ne sont pas leur chasse gardée. C’est bien beau de faire preuve de professionnalisme lorsqu’on traite des informations, mais à l’autre bout, le public est tout aussi capable de faire preuve de sens critique, pour peu qu’on l’aide un peu.

Lorsque j’entends des journalistes discuter de leur métier, entre autres quand il est question de l’anonymat, je ne peux m’empêcher de penser à ces bibliothécaires qui considèrent qu’eux seuls savent maîtriser la recherche d’information. On peut avoir développé une expertise qui nous rend plus compétent que d’autres dans un domaine, c’est vrai. Mais présenter les «non-initiés» comme n’ayant eux-mêmes pas le potentiel pour parvenir à la même maîtrise, reste que c’est fichtrement condescendant. Lorsqu’on est un professionnel de l’information, il me semble que de veiller à aider notre clientèle à développer ses compétences, incluant l’esprit critique, est un devoir. Rien de moins.

Et puis tant qu’à y être… savoir évaluer ses sources et faire preuve de sens critique sont des compétences informationnelles dont la portée est probablement beaucoup plus grande que ce que bien des journalistes conçoivent, si je me fie à leur discours. C’est d’ailleurs peut-être ce qui explique qu’ils accordent tant d’importance au fait de connaître l’identité d’un auteur pour juger de sa crédibilité.

Qu’on me comprenne bien. Connaître l’auteur d’un texte, ses origines, sa pensée, pouvoir à tout le moins évaluer ses motivations, sont certes des éléments importants dans l’analyse critique d’un texte. Mais ce sont loin d’être les seuls auxquels on puisse se référer. En fait, accorder une place trop importante à l’auteur peut même s’avérer une erreur. L’identité d’un auteur peut distraire de son propos. Ainsi, si je suis un auteur respecté et que j’écris une connerie, il est fort possible qu’elle passe mieux. À l’opposé, je peux avoir un discours solide, mais qui sera moins bien reçu du fait que je suis inconnu.

La crédibilité d’un auteur, en somme, c’est bien beau, mais qu’on soit anonyme ou qu’on publie sous sa véritable identité, on la bâtit de la même façon. En présentant un discours solide et cohérent. Cela ne signifie pas qu’un auteur anonyme ne puisse être invraisemblable. Simplement que le fait qu’il ne publie pas sous son nom n’est pas un motif de critique valable en soi.

lourd, l’anonymat (2/3) – la responsabilité

•16 octobre 2009 • 4 Commentaires

C’est le principal argument avancé par ceux qui s’opposent à l’utilisation de l’anonymat. La responsabilité. Celle qui distingue les vrais des lavettes.

Signer un texte, c’est devoir vivre avec ses mots… y compris face aux gens qu’on a pu éreinter. C’est courir le risque d’être critiqué. C’est assumer ses propos jusqu’au bout.

A contrario, écrire sans révéler son identité, c’est se donner le pouvoir d’émettre n’importe quel propos sur n’importe qui. C’est louche, quoi. Pas sérieux. L’anonymat est le refuge de ceux qui veulent se vider le coeur sans conséquences fâcheuses, de la mesquinerie facile, de la diffamation à peu de frais. Sans compter que, pour certains, c’est témoigner d’une crainte injustifiée, donc agir en pleutre.

Tels sont les arguments avancés par… des journalistes, essentiellement. Beaux arguments. Il n’y a pas à dire, c’est très noble de se tenir face aux propos qu’on émet. Le seul problème, c’est que le principe a ses limites, des limites que minimisent bien souvent ses défenseurs.

Création de Capture Queen sous contrat Creative Commons de type Paternité 2.0 Générique.Est-ce que signer d’un pseudonyme signifie nécessairement qu’on n’assume pas ses paroles? Vraiment? Permettez-moi d’en douter. D’abord, comment juger lorsqu’on ne peut relier le pseudo et la véritable identité d’un auteur? Préjuger, prendre pour acquis qu’on peut se prononcer sur les intentions de quiconque écrit sans se dévoiler, c’est déjà risquer l’erreur.

Évidemment, quelqu’un peut vouloir exprimer des idées que le devoir de réserve l’empêche de diffuser librement. Mais quelqu’un peut aussi assumer ses propos «dans la vraie vie» et choisir de les assumer différemment en ligne… sans ce que soit pour se permettre des grossièretés. Ainsi, quelqu’un peut souhaiter s’effacer derrière ses propos et craindre que sa personne détourne l’attention du contenu, peu importe la nature de ce contenu.

Et l’anonymat a ses limites. C’est peut-être facile de troller un blogue, mais la modération existe justement pour ça. Et croire qu’on peut se servir de l’anonymat afin de se défouler sans avoir à répondre de ses propos, par exemple par le biais d’un blogue, c’est naïf. Si quelqu’un veut vraiment retracer un auteur anonyme, ça se fait.

Enfin, s’exprimer sous sa véritable identité parce qu’on choisit de s’assumer, c’est très louable. C’est vrai que lorsqu’on doit vivre avec les propos qu’on a émis, il y a plus de chances pour qu’on y pense à deux fois avant de prendre la parole. Et ce n’est certainement pas moi qui qui irai dire que c’est une mauvaise chose que de réfléchir avant de parler ou d’écrire. ;) Mais quand on risque par exemple d’avoir à affronter des gens critiqués, en particulier dans un petit milieu, ça peut être fort tentant d’être plus… indulgent? C’est humain: on choisit ses combats. Et cette autocensure, pour fort compréhensible et difficile à quantifier qu’elle soit, n’en constitue pas moins une forme d’esclavage.

lourd, l’anonymat (1/3) – l’évidence

•11 octobre 2009 • 8 Commentaires

Tuons le suspense dès maintenant: oubliez le coming out. Je ne me suis pas encore lassée d’écrire sous un nom de plume, au contraire! Donc, pas de révélation.

Le titre fait allusion à ce débat particulièrement in dans les médias québécois par les temps qui courent. Internet a rendu la publication anonyme plus facile, donc plus courante, et ça en dérange plusieurs.

Création de de bp6316 is off to Denver sous contrat Creative Commons de type Paternité 2.0 Générique.Vous comprendrez que, hé hé, c’est un sujet qui me touche de près. En fait, le sujet m’intéresse à plus d’un titre.

D’entrée de jeu, pirathécaire ou non, le débat m’agace terriblement. J’écoute les arguments des détracteurs de l’anonymat et j’ai l’impression d’entendre… une cassette. S’exprimer sous le couvert de l’anonymat permet d’écrire n’importe quoi sur n’importe qui. C’est évident. L’anonymat peut servir à dénoncer, soit, mais plus souvent permet de dire tout haut et sans risque ce qu’on se contente généralement de penser. C’est évident. Pour se cacher derrière un pseudonyme, il faut être lâche. C’est évident.

Évident. Sacrément évident.

Assez ironique. La capacité à faire preuve de sens critique face à l’information est, de toutes les compétences informationnelles, celle qui me semble la plus importante. Une compétence évidemment chère aux yeux des journalistes, premiers à dénoncer l’usage de l’anonymat. Or, faire preuve de sens critique, ça signifie aussi de savoir remettre en question les idées qui paraissent évidentes.

C’est évident qu’il est plus courageux de signer un texte de son nom. Mais comme toute évidence, on a tôt fait de s’asseoir dessus. Est-ce que choisir de signer ou non un texte est toujours possible? Où est-il, le courage, là où il n’y a pas de choix? Où se termine le courage, quand commence la témérité? Elle se situe où, la limite claire entre une bonne et une mauvaise raison de demeurer anonyme?

Le courage, c’est bien relatif. Je ne suis sûrement pas la seule à me surprendre à l’occasion de ce que des gens considèrent un geste comme courageux, alors qu’il m’apparaît plutôt banal, à moi.

Cela dit, les deux arguments principaux servis pour dénoncer l’usage de l’anonymat sont les suivants: publier sous son nom, c’est assumer la responsabilité de ce qu’on écrit et c’est aussi s’assurer d’une crédibilité que les auteurs anonymes n’ont pas. Oui, ça semble convaincant. Mais l’est-ce vraiment? Je reviendrai sur chacune de ces explications dans mes prochains billets.

la fin du livre? je prendrais bien une liseuse en l’attendant

•4 octobre 2009 • 6 Commentaires

Changement de paradigme. C’est l’expression – galvaudée? – qu’on utilise pour résumer l’ensemble des mutations que traversent actuellement les industries de «contenu». Elles n’ont pas toutes été affectée au même moment ni de la même façon, mais elles y passeront toutes parce que, que ça plaise ou non, les nouvelles technologies de l’information et des communications vont continuer de chambouler nos modes d’expression, de production et de consommation de l’information.

Avec l’essor des NTIC, la facilité avec laquelle partage et reproduction nous sont maintenant permis en fait des enjeux capitaux: d’une part, les possibilités des technologies ont tout pour faire rêver quiconque valorise le partage des connaissances; de l’autre, ce même potentiel dérange au plus haut point l’ordre établi. La mise est énorme pour les joueurs en place.

Dans ce contexte, l’industrie du livre a jusqu’ici été relativement épargnée. Mais la vague s’en vient. Elle risque même d’arriver plus vite qu’attendu. L’industrie du livre peut espérer tirer leçon du sort des industries de la musique, du cinéma et de la presse pour mieux s’en sortir, mais quelle leçon exactement? Les distributeurs, éditeurs, libraires, écrivains se soucieront-ils des possibilités spectaculaires de partage des connaissances maintenant permises, ou se contenteront-ils de protéger farouchement leurs droits acquis?

Le livre ne mourra évidemment pas – comment le pourrait-il, alors qu’il constitue encore et toujours le support de conservation le plus durable, le seul support aussi ne nécessitant aucun outil, aucun filtre pour accéder à son contenu? Le livre électronique dispose toutefois d’attraits fort convaincants. On ne les a d’ailleurs pas encore tous découverts, je gage. Ainsi, l’impression de textes ou la lecture à l’écran peuvent être franchement rebutantes, alors que la liseuse se rapproche assez de l’objet-livre, facile à transporter, à manipuler et à consulter.

Comment les acteurs du livre réagiront-ils lorsque les liseuses deviendront un objet banal et l’échange de fichiers, une pratique courante si ce n’est désirée? Si nous pouvons passer un livre à un ami, il semblera tout naturel de vouloir lui transmettre un fichier que nous avons apprécié. Il y a de quoi inquiéter les gens qui vivent de la vente de textes… mais espérons qu’ils réaliseront que la gratuité du partage compte pour beaucoup dans le plaisir qu’il peut nous procurer.

Sans compter que le livre électronique pourrait réserver d’autres surprises à l’industrie. Ainsi, de nombreux textes difficiles d’accès parce qu’anciens ou spécialisés pourraient connaître un nouveau «succès», libérés qu’ils seront de devoir être publiés papier, mais aussi devenus plus intéressants grâce à un support de lecture vraiment convivial. Par exemple, si les universités peuvent s’engager sérieusement dans la diffusion de thèses électroniques et dans la constitution et le maintien de dépôts institutionnels, les liseuses seront l’outil idéal pour profiter de ce contenu. Nos habitudes de lecture risquent de changer. Déjà, l’expérimentation des liseuses a fait redécouvrir leurs classiques à plusieurs. Parions que les pratiques des lecteurs-acheteurs n’ont pas fini de nous étonner. Et souhaitons aux acteurs du livre de suivre le courant plutôt que de lutter.

Création de cloudsoup sous contrat Creative Commons de type Paternité 2.0 Générique.

un certain malaise

•17 juillet 2009 • 2 Commentaires

Un client désagréable, ça arrive à tout le monde. Après tout, là où il y a des humains, il y a des airs bêtes. Laisser sortir la vapeur suite à un événement pénible, c’est non seulement naturel, c’est même salutaire.

Perdre son sang froid face à un usager particulièrement obtus, ça peut arriver, même aux meilleurs. Partager avec ses collègues, se soutenir lorsque surviennent des situations pour le moins déplaisantes, soit.

Mais aller jusqu’à se vider le coeur publiquement?
Est-ce nécessaire?
Est-ce souhaitable?

Face aux services offerts par d’autres corps professionnels, il m’est arrivé d’entendre des bibliothécaires remarquer que si notre service à la clientèle était du même acabit, nous ne ferions pas long feu. Ils n’ont pas tort. En effet, nous pouvons bien penser que nos services sont essentiels, mais en bout de ligne, ce sont nos clients qui en jugent. Et la réalité, c’est que la gestion de l’information est peut-être capitale dans une société du savoir, mais que les clients restent encore bien souvent à convaincre. Dans ce contexte, le respect et la confiance sont primordiaux.

Création de left-hand sous contrat Creative Commons de type Paternité-Pas de Modification 2.0 Générique.

Non, je ne suis pas en train de prôner que nous devrions nous comporter en tapis de salle de bain. Simplement que nous devrions tâcher de laisser le bénéfice du doute à nos clients, dans la mesure du possible. Une mauvaise journée, ça se peut, non? Et dans les cas indiscutables, essayer de ne pas ébruiter la chose trop haut ni trop fort. Surtout, surtout, laisser le mépris au vestiaire.

Vous trouvez que c’est malin, un enseignant qui dénigre un de ses élèves? Une infirmière qui se moque d’un de ses patients? Un informaticien qui se plaint d’un de ses clients? Oui? Je vous conseille de vous chercher un autre boulot au plus sacrant. Non? Raison de plus pour ne pas faire de même.

Cela dit, c’est souvent plus facile de rester zen pour un bibliothécaire, loin que nous sommes du front. Pour nos commis et nos techniciens, le défi est déjà plus grand. Les enjeux, plus distants. Montrer l’exemple et prendre le temps d’expliquer l’importance du service à la clientèle à notre personnel, en particulier aux équipes de première ligne, est d’autant plus crucial. Aussi déterminant que de les soutenir correctement en situation de crise.

Alors bon. Si votre équipe en est rendue à se défouler sur le Net, c’est peut-être le temps de tenir une petite réunion, qu’en pensez-vous?

dans un monde idéal

•7 juillet 2009 • 2 Commentaires

Avertissement: toute ressemblance entre les exemples utilisés dans ce billet et l’actualité récente (ou moins récente) d’ici (ou d’ailleurs) serait le fruit du hasard.

Dans un monde idéal, la production littéraire correspondrait précisément aux besoins des clientèles desservies par les bibliothèques. Dans un monde idéal, les livres achetés seraient inusables et leur contenu, intemporel. Dans un monde idéal, les espaces de «stockage» seraient illimités et la désuétude de l’information, un concept abstrait. Dans un monde idéal, il n’y aurait ni effets de mode, ni sujets controversés, la valeur de l’information serait la même pour tous, les budgets seraient juste de la bonne taille et les bibliothécaires et techniciennes qui les dépensent auraient tout le temps, la liberté et les moyens voulus pour choisir avec discernement et sagesse.

Mais… hé non, nous ne sommes pas dans un monde idéal. La réalité est beaucoup plus compliquée. Simple à comprendre, voire évident, pensez-vous?

Bien futés furent nos prédécesseurs qui inventèrent les politiques de développement des collections, mais ces politiques ne suffisent souvent pas. En matière de développement, il n’y a jamais personne de satisfait. Du moins, pas en même temps. Quand les uns ne se plaignent pas des traités d’urinothérapie qui peuvent traîner sur certains rayons, les autres se plaignent de leur absence. Trop de romans, pas assez de documentaires, quels sujets plates et – oh, des seins nus sur des bd! Sans compter que… comment ose-t-on se débarrasser de si beaux livres, poussiéreux certes, mais ô combien instructifs pour quiconque s’intéresse à la comptabilité des années ’70?

Création de florian.b sous contrat Creative Commons de type Paternité 2.0 Générique.

On veut que les bibliothèques soient populaires. Mais pas trop. On veut bien que nos taxes servent à financer l’éducation et les loisirs de tous, mais à nos conditions et selon nos standards. On se scandalise de certains achats, mais qu’une bibliothèque songe à s’en départir vingt ans plus tard et elle déclenche une levée de boucliers.

Il faut dire que dans un monde idéal, tout serait bien plus simple. Tout le monde serait de mon avis (le meilleur) et les débats finiraient là. Mais… nous ne sommes pas dans un monde idéal.

Ne pourrait-on pas nous laisser travailler tranquilles un peu? Rédiger des politiques pertinentes, les faire approuver par les organisations qui nous emploient, les appliquer le mieux possible lors des acquisitions et durant l’élagage? Si on désire tant juger de nos résultats, qu’on se fie à nos taux de fréquentation et de prêt, à la satisfaction globale de notre clientèle surtout, plutôt qu’à des détails de notre gestion des collections dont on ne prend généralement pas la peine de se faire expliquer le sens… ou de le comprendre. Et si quelqu’un pouvait m’expliquer ce qu’il y a de difficile à comprendre là-dedans…

la solution paresseuse

•30 juin 2009 • 5 Commentaires

Vers le moment où les ventes de disques ont commencé à chuter, l’industrie de la musique s’est attaqué au partage de fichiers musicaux sur Internet. Contre le piratage, l’industrie du cinéma lutte férocement depuis belle lurette. Bientôt, l’industrie du livre suivra sans doute avec le même zèle, justifiant ses actions de ce que sa survie à elle aussi est en jeu. En général, lorsqu’il est question de droit d’auteur et plus largement de propriété intellectuelle, les institutions comme les autorités ont tôt fait de défendre les créateurs et les industries et autres puissants plus encore, et de condamner l’échange de fichiers en ligne.

Depuis qu’Internet est accessible en milieu de travail, les employeurs se méfient. Perte de productivité, ralentissement des réseaux, risques reliés à la sécurité… Les bonnes raisons ne leur manquent pas de s’inquiéter. Les réactions sont parfois modérées et raisonnables, mais plus souvent drastiques: de la surveillance de la navigation des employés à la censure de certains sites… jusqu’au congédiement d’employés fautifs.

Plus largement, l’information, sa transmission et son partage, envers une clientèle ou entre institutions voire entre collègues, reste un sujet sensible s’il en est un. La diffusion d’information est redoutée, bien souvent contrôlée par les plus hautes instances des organisations, parfois même découragée plus ou moins directement.

Les industries de la création sont en crise? Sans doute. Mais le disque, pour s’en tenir à ce seul exemple, est une invention récente. Est-ce qu’il est vraiment impossible de se passer des revenus de ses ventes? N’y a-t-il aucun autre débouché pour les artistes et les artisans de la musique? Est-ce que la répression systématique de tout comportement considéré comme «déviant» est la seule solution qui puisse permettre aux industries culturelles de survivre? Il me semble qu’on passe peu de temps à s’interroger sur les facteurs réels qui sont à la source de la crise et encore moins à tenter de trouver de véritables alternatives.

L’utilisation d’Internet au travail connaît des ratées? Certainement. Qui dit nouvelles technologies, dit savoir-vivre et règles de comportement nouveaux à découvrir et à s’approprier. Mais plutôt que de sévir aussitôt qu’on constate des excès, pourquoi ne pas éduquer son personnel, lui apprendre à utiliser Internet de façon professionnelle… mais tout aussi ludique peut-être? Pourquoi ne pas canaliser cet intérêt marqué de bien des employés pour les communications en ligne afin de rendre ces dernières véritablement profitables pour l’organisation?

Et que dire du partage de l’information? En ce domaine comme en bien d’autres, la générosité attire la générosité et donner sans attendre rien en retour finit nécessairement par rapporter, ne serait-ce qu’en matière de réputation et de prestige. Les bibliothécaires l’ont bien compris, mais que dire des autres acteurs sociaux?Création de Clearly Ambiguous sous contrat Creative Commons de type Paternité 2.0 Générique.

L’originalité, la créativité, l’ingéniosité, l’innovation pour inspirer les meilleures solutions? On pourrait croire que cela tombe sous le sens. C’est un message qu’on entend bien souvent, en provenance de sphères variées de la société. Et pourtant… Et pourtant, face à certains des plus grands défis offerts par notre époque, les réponses les plus fortes et les plus entendues me semblent réactionnaires, stériles, passives, négatives. Pourquoi s’entêter à défendre des attitudes dont on devrait savoir dès l’origine qu’elles sont sans avenir? Non, ne me répondez pas s’il-vous-plaît, j’apprécierais de pouvoir conserver certaines illusions…

faire du n’importe quoi avec n’importe quoi

•24 juin 2009 • 3 Commentaires

N’importe qui peut utiliser Google.
N’importe qui peut consulter un index, un répertoire, une banque de données.
En quoi les bibliothécaires peuvent-ils se distinguer?

Peut-être dans nos performances? C’est ce que plusieurs d’entre nous semblent penser. Nos résultats de recherche se doivent d’allier pertinence et fiabilité, et nos méthodes, précision, rigueur et rapidité. En un mot: nous devons être efficaces. C’est là la touche magique des bibliothécaires, la marque de commerce des spécialistes par excellence de la recherche d’information.

En recherche d’information, nos performances sont donc capitales, car c’est d’elles dont dépend en grande partie notre standing. Mais de quoi dépendent elles-mêmes ces performances?

Nos performances dépendent de nos habiletés de chercheurs d’information.

Il y a déjà un certain temps, pour faire de moi une bibliothécaire, on a pris soin de m’apprendre à utiliser les opérateurs booléens et la troncature, à affiner une recherche, à lutter contre le bruit et le silence, à multiplier les façons de relancer une recherche. On m’a fait prendre conscience des vertus des systèmes d’indexation à vocabulaire contrôlé et des différents types de limites de recherche possibles. On a tenté de me convaincre de l’importance des informations de type secondaire dans la quête des informations de type primaire. Lentement, la chercheuse d’information amateure est devenue professionnelle, systématique dans ses méthodes, habile, efficace. Du moins je l’espère!

Mais cela ne suffit pas. Nos performances dépendent aussi et surtout de la qualité des outils que nous utilisons. Elles dépendent entre autres des facilités de manipulation de l’information que ces outils permettent.

Pourquoi? Parce que dans les faits, quand j’effectue une recherche pour un client, il n’y a que moi comme professionnelle qui puisse juger de manière réaliste du résultat. Je peux juger de la qualité du traitement dans la base où je loge ma requête, constater que l’inscription des données dans les champs ou l’indexation posent problème et nuisent à la cueillette de données, mais que déduira mon client de piètres résultats, exactement? Probablement que c’est au niveau de mes habiletés que le bât blesse. D’un autre côté, serait-ce vraiment une stratégie intellligente de lui «prouver» que c’est au niveau de la qualité de mes sources qu’il faut remonter? Il se demandera sans doute à quoi bon payer une fortune pour des bases de données qui n’offrent pas tant de valeur ajoutée que ça… ou pire, à quoi sert d’entretenir un catalogue ou un système d’information si nos «produits» eux-mêmes ne sont pas à la hauteur?

D’autre part, si moi-même je parviens de peine et de misère à retracer des informations à cause de la façon dont on peut y accéder, qu’en sera-t-il de mon client? Si certains résultats, faute d’une gestion de qualité, sont peu fiables, si moi-même comme professionnelle je ne peux faire confiance à mes résultats, que dois-je répondre à mon client? Passe encore lorsqu’il s’agit de systèmes que je ne contrôle pas, mais qu’en est-il de nos propres «produits»? Si le traitement des informations dans les outils que nous utilisons et à plus forte raison dans ceux que nous produisons n’est pas à la hauteur, il est évident que nos performances ne le seront pas. Mais pourquoi en rester là sans tâcher d’améliorer les choses lorsque nous savons quel est le problème?

N’importe qui peut utiliser Google.
N’importe qui peut consulter un index, un répertoire, une banque de données.
En quoi les bibliothécaires peuvent-ils se distinguer?

Pourquoi en rester là sans tâcher d’améliorer les choses lorsque nous savons quel est le problème? Je me le demande bien. À la première crise, où coupe-t-on? Dans les services de traitement. Dès qu’on a accès au dérivé, on ne se pose pas de question et on laisse tomber l’original. On balaie les doutes de certains collègues concernant le taux d’erreurs en prétextant qu’il y a plusieurs points d’accès aux données et que la perfection n’est donc pas nécessaire.

N’importe qui peut utiliser Google.
N’importe qui peut consulter un index, un répertoire, une banque de données.
En quoi les bibliothécaires peuvent-ils se distinguer?

Ce sont les détails qui distinguent les bibliothécaires des chercheurs d’information amateurs. Des détails peut-être, mais des détails qui font une différence. Si nos propres «produits» sont négligés, ce sont nous tous comme chercheurs d’information qui en payons le prix. Et entre nous, si certains collègues ne comprennent pas ces enjeux, je me demande parfois ce qu’ils comprennent exactement de notre profession.

les journalistes ont raison

•18 juin 2009 • 11 Commentaires

Création de lawgeek sous contrat Creative Commons de type Paternité-Pas d'utilisation commerciale 2.0 Générique.

Dieu que ça me coûte de l’admettre. Mais oui, les journalistes ont raison. Notre absence quasi totale dans les médias est justifiable, si ce n’est justifiée.

Oui, nous avons un problème d’image. Oui, nous avons un job complexe à expliquer et qui se résume fort mal. Mais reste que nous ne montons pas encore souvent au front et surtout que nous ne prenons pas trop-trop la peine de vulgariser. Je pense que nous ne réalisons même pas à quel point notre jargon pénètre nos prises de parole et peut paraître rébarbatif au commun des mortels. Et il ne s’agit ici encore que de la forme. Parce que pour ce qui est du propos…

Hé oui, même en changeant de ton et de façons, il faudrait encore que les sciences de l’information, comme sujet, soient séduisantes et là, il faut bien l’avouer, pour capitale que la gestion de l’information puisse être de nos jours, c’est loin d’être le sujet le plus captivant qui soit…

Entendons-nous bien, j’adore débattre de référence, de développement de collections, de la place du numérique dans nos services et même de… catalogage. Reste que je comprends très bien qu’il n’y ait pas là de quoi faire vendre de la copie.

Est-ce que la partie est perdue? Sommes-nous destinés à croupir dans les bas-fonds des métiers rebutants et incompris aux côtés des comptables en bas bruns et de nos collègues et «rivaux» les archivistes? Peut-être pas. Non, je ne suis pas en train de suggérer que nous devrions tenir des conférences de presse kinky ou quelqu’autre coup d’éclat ridicule afin de mousser notre visibilité médiatique. Je crois toutefois qu’il faut aborder nos communications de façon plus réaliste si nous voulons arriver à quelque chose.

Je m’inclus dans ce portrait et je n’ai pas de solution miracle, mais je crois que nous devrions nous soucier ensemble de répondre à ce problème par plusieurs points d’attaque, en quelque sorte. Par exemple:

- Nous nous devons d’abord d’agir localement. Ce sont nos clientèles, celles qui sont à la source de nos salaires, celles qui ont le temps d’apprendre à nous connaître, celles pour lesquelles nous pouvons avoir un impact direct et positif que nous devons d’abord gagner à notre cause et surtout, qui sont le plus en mesure d’apprécier la valeur, l’intérêt et les multiples facettes de notre profession. Réseautage, réseautage, réseautage. Oui, c’est long, c’est difficile, c’est parfois ingrat, mais ça reste la clé.

- Il faudrait bien en venir à se pencher sur la manière de rendre plus attrayante notre discipline, mais là, nous devrions tâcher d’être pragmatiques en ciblant les services et surtout les enjeux de notre domaine les plus susceptibles d’être attractifs et médiatisés. Est-ce que les choix d’acquisitions et l’élagage sont vraiment les seuls sujets à même de susciter l’intérêt de la population? Permettez-moi d’en douter. C’est à nous d’attirer l’attention sur des éléments qui nous semblent importants, mais il faudrait d’abord envisager la question d’un oeil néophyte. Si le sujet du développement de nos collections est celui qui revient périodiquement dans les médias, c’est parce que notre profession est méconnue et c’est justement à nous de relancer le débat sur des questions susceptibles de nous présenter sous un nouveau jour, plutôt que de simplement répondre aux «problèmes» soulevés.

- Nous sommes souvent de nature passionnés, serviables et généreux, mais… l’enthousiasme et le zèle ont souvent pour effet de refroidir même les plus intéressés. Quand quelqu’un veut trop, hé bien, on s’interroge et on se méfie, non? Peut-être que nous devrions tenter de nous faire un peu désirer. Notre discrétion légendaire nous nuit, toutefois. Si nous hésitions moins à mettre nos résultats de l’avant, notre expertise étendue serait sans doute plus reconnue et nous en retirerions de plus grands bénéfices. Si nous montrons ce que nous sommes capables de faire, nul doute que nos services seront requis sans besoin exagéré d’autopromotion.

Oui, les journalistes ont raison. Mais il n’est pas dit qu’il est impossible de changer la donne. Au demeurant, les journalistes n’ont quand même pas raison sur toute la ligne et j’aurai sans doute l’occasion de me reprendre à leur sujet. ;)

le droit de quoi, au juste?

•13 juin 2009 • 3 Commentaires

Lorsqu’il est question de propriété intellectuelle, de droit d’auteur, de notre place dans l’industrie de la culture ou du savoir, je ne peux jamais m’empêcher d’être agacée. Agacée par la position des bibliothécaires en la matière, une position non concertée que je trouve incohérente, parfois maladroite et intenable souvent.

D’un côté, le rôle fondamental de tout bibliothécaire est de favoriser l’accès, l’échange et le partage d’information, d’encourager la circulation des idées et du savoir. De l’autre, nous nous retrouvons bien souvent à jouer les chiens de garde des producteurs de contenu, sans que le paradoxe de cette situation ne soit jamais vraiment soulevé ni résolu de façon satisfaisante.

1er salon du livre enfants Essay

Notre position est délicate, j’en conviens. Nous nous devons de respecter et de faire respecter les lois. N’empêche, est-ce qu’il se pourrait que nous en mettions plus que le client en demande? Y a-t-il vraiment autre chose qu’un intérêt pragmatique, la constatation d’un rapport de force en notre défaveur qui nous motive à enlever les graveurs sur nos ordinateurs, à faire respecter nos licenses à la lettre, à plier docilement devant Copibec? Est-ce que ce n’est pas se cacher la tête dans le sable que de ne jamais contester de front et plus ouvertement les lois et les ententes qui viennent clairement à l’encontre de notre rôle premier?

Prenons l’industrie du livre, à laquelle une longue tradition nous associe. Bien sûr, nous devons nous réjouir de sa vitalité, encourager ses membres, par exemple en exigeant des revenus plus décents pour ses artistes et ses artisans. Bien sûr, nous avons un rôle à jouer dans le développement de cette industrie. Mais contrairement aux auteurs, aux éditeurs, aux distributeurs, aux libraires voire aux lecteurs, nous ne visons aucun profit direct, aucun avantage personnel. Ne serions-nous pas le maillon faible de la chaîne du livre, le sable dans l’engrenage? À la fois clients précieux des éditeurs et des libraires, mais frein à leurs profits. Ardents promoteurs des auteurs, mais obstacle à l’augmentation de leurs ventes.

Il y a là matière à bien des réflexions. Mais une chose est certaine, nous devons nous rappeler en tout temps de ce que nous sommes, des passeurs de savoir, et agir en cohérence avec ce rôle. Quitte à déranger, même si cela nous déplaît. De toutes façons, étant donné nos fonctions, l’évolution des technologies et les changements sociaux que ces dernières engendrent, nous ne pourrions l’éviter.

Nous sommes déjà les loups dans la bergerie.

 
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