pourquoi pirathécaire?

J’ai passé 19 ans sur les bancs d’école. Un jour, j’ai cru prendre une décision mûrement réfléchie en m’inscrivant à la maîtrise en sciences de l’information. Je ne savais pas dans quoi je m’embarquais.

Pourquoi pirathécaire?

Parce que je n’ai pas fait cinq ans d’études universitaires pour pointer. Parce que je sais bien que je ne sauve pas de vies, que je n’éteins pas de feux, mais que je sers tout de même à quelque chose dans la société. Parce que j’aimerais bien qu’on le reconnaisse un peu, sans que j’aie toujours à m’excuser et à m’expliquer. Parce que j’en ai plus qu’assez des clichés sur les bibliothécaires. Parce que je trouve que c’est parfois lourd à porter d’être un «agent de changement social».

Parce que je veux m’épanouir dans mon travail. Parce que malgré le fait que nos possibilités et notre utilité soient immenses, je nous trouve sous-utilisés et parfois méprisés. Parce que nos tâches sont difficiles à vulgariser et peu spectaculaires en apparence, ce qui nous laisse les vendredi de juillet pluvieux en page 58 dans les journaux comme visibilité. Parce que nos compétences ne sont pas reconnues, comprises, acceptées. Parce que je finis par passer plus de temps à expliquer et défendre mes champs de compétences qu’à travailler. Parce que pendant que je fais la promotion de ce que je sais et pourrais faire, je ne le fais pas. Parce que pour un salaire correct, sans plus, je dois satisfaire une société ignorante de nos rôles et toujours insatisfaite.

Parce qu’après quelques années de pratique à peine, je suis amère. Parce que c’est un petit milieu. Parce qu’il y a plein de faits qui se chuchotent en cachette mais qui ne peuvent pas se dire tout haut. Parce que j’en ai assez des tabous et des secrets de ma profession. Parce que j’étouffe. Parce que je ne suis sans doute pas la seule à me sentir ainsi. Parce que j’ai besoin de me vider le coeur. Parce que je suis une typique bibliothécaire et que tant qu’à y être, si je peux faire oeuvre utile du même coup…

Pourquoi pirathécaire?

Parce que j’ai souvent l’impression que les bibliothécaires sont à l’information ce que les hackers sont à l’informatique. Pleins de ressources et de possibilités, spécialisés, savants… mais dérangeants.

 

Quelques mentions ici et là…

«Qui l’eut cru ? Les sciences de l’info et la grippe A/H1N1 mixées dans un même billet ! La pandémie donne l’occasion à Pirathécaire de donner un petit cours de gestion de l’information aux institutions québécoises de santé publique. Car là-bas comme ailleurs, on ne peut pas dire que la diffusion raisonnée de l’information que nécessite la situation de crise soit leur point fort…»

«Pirathécaire est sans l’ombre d’un doute mon bibliothécaire chouchou dans la blogosphère. Dans la description de son choix de pseudonyme, il fait entre autre mention qu’il n’a «pas fait cinq ans d’études universitaires pour pointer». Son plus récent billet, Faire du n’importe quoi avec n’importe quoi, soulève un questionnement intéressant [...].»


8 réponses to “pourquoi pirathécaire?”

  1. Voilà un positionnement original ! Vous êtes désormais dans mon agrégateur. Bravo pour cette démarche originale, je reste à l’écoute et je suis curieux d’en savoir plus sur tous les secrets de la profession… :-)

    • Merci du compliment, c’est très flatteur! :)

      Je ne sais pas à quel point ma démarche est originale, mais je vais essayer de faire mon possible pour écrire sur des sujets difficiles à aborder publiquement, le tout en évitant les attaques personnelles! Parce que bon, je ne peux peut-être pas me dévoiler, mais tout d’un coup que cela arriverait, je veux pouvoir assumer ce qui est écrit ici. Même si le ton n’est pas toujours tout-à-fait le mien, même si dans le but de faire réfléchir je prends parfois un point de vue qui est différent du mien.

      En espérant que vous apprécierez… et que cela servira! :)

  2. Il faut dire que si les bibliothèques étaient mises en avant et exploitées à leur pleine capacité, les libraires et revendeurs en tout genre de la culture seraient morts…
    Décidément, nous sommes dans un monde de contradiction…
    J’ajouterai même en tout petit que les bibliothécaires fournissent les pirates de la culture… D’ici à ce que l’Hadopi interdise le prêt de documents…

    • En fait, je crois que les bibliothèques devraient être exploitées à pleine capacité, comme vous le dites… et que les producteurs, distributeurs et revendeurs doivent repenser leur mode de financement. Et je crois que les bibliothécaires devraient participer pleinement et directement au débat sur ce sujet. Nous faisons peut-être partie du «problème», mais nous pouvons aussi faire partie de la solution!

  3. Très intéressant votre blogue. Je travaille dans le milieu documentaire depuis plus de 20 ans et je trouve vos propos justes sur la perception de la profession et le combat de reconnaissance qui est associé aux professionnels du milieu documentaire.

  4. Pourquoi cette amertume? Je suis bibliothécaire depuis des lunes et j’y trouve encore du plaisir. À l’ombre. Ben oui!
    Of course, y’a les clichée (so what), l’anonymat (on travaille dans l’ombre… so what …) on est pas reconnu et on est payé pour lire? So what?
    Pourquoi pas?
    Si on court après la fortune, faudrait sans doute pas faire bibliothécaire.
    Quant à la grippe, la fameuse H1N1, sommes-nous professionnels et citoyens responsables quand nous diffusons, (at large), dans nos catalogues, les élucubrations de Guylaine Lanctôt sur la vaccination? La biologie totale et la prétentieuse mission du bibliothécaire!
    Soyons réaliste.
    Les bibliothécaires ne changent pas le monde, ils le reflètent.
    À l’ombre, dans l’ombre…

    (C’est quoi ce délire de reconnaissance? Faites de la politique si la bibliothéconomie vous oppresse!)

Laisser un commentaire